Rod nous raconte son Printemps de Bourges 2015

Festival

Ricard S.A. Live Music m’a donné carte blanche pour commenter ma journée du 27 avril au Printemps de Bourges. Bon ce n’était pas tout à fait le Printemps officiel (enfin si … c’était la scène Le Printemps des Régions, je t’ai fait une photo de la carte du festival pour te repérer), c’était un truc à part avec plein de kébabs et de crêpes. Pis des bijoux. Pis des casquettes de Black M. Mais ça compte quand même non ? Hein ? Dis ?

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Fuzeta a désormais tout d’un grand, même si ici, on n’en a jamais douté depuis qu’on les connaît. On se rappelle encore de leurs débuts hésitants / timides quand ces derniers se sont produits à l’Ubu pour participer au Prix Ricard S.A. Live Music. Puis on a assisté à leur évolution fulgurante durant la tournée en compagnie d’Hyphen Hyphen et Jabberwocky. 2 semaines plus tard, sous un ciel menaçant qui n’est pas sans rappeler notre journée de tournage au K3 à Lorient, la sensation de voir un groupe qui a décidé de mettre le booster est manifeste, palpable. Sans équivoque. Charles, bassiste jadis stoïque, n’hésite plus à donner de sa personne pour tenter de concurrencer la furie exponentielle de Pierre, de plus en plus incandescent. Jérémy et Dorian ont également gagné en assurance ; dès lors, la métamorphose scénique se fait ressentir sur les compositions, plus inspirées, plus ressenties, en symobiose avec l’énergie des titres explosifs. Fuzeta a désormais une grande porte ouverte devant lui pour s’imposer, tant tous les ingrédients indispensables à une recette parfaites sont au rendez-vous. Sachant que le groupe a eu droit à des ovations en cascade, nonobstant un horaire peu clément à être écouté dans de bonnes conditions (genre 16h30, en ouverture, t’as interêt à montrer qui est le patron en moins de 5  minutes sinon les gens vont chercher des frites). Donc tu te rappelles, ce n’est pas difficile : FU ZE TA. FU ZE TA. Répète : FU ZE TA. C’est bon, tu as appris ta leçon : ce groupe est à suivre. Trust me.

Avant de voir les progrès fulgurants de Colours In The Street (avec qui Ricard S.A. Live Music a désormais un passé assez long pour pouvoir jauger de l’évolution du projet), je me suis promené … et c’était super hein : des tonnes de stands de nourriture, de nourriture et de nourriture. De temps en à autre, quelques petites bizarreries, à l’instar d’une collection complète Black M, le top du top de la mode du moment visiblement, vu le succès incroyable des casquettes qui se vendaient comme des petits pains. Ou encore ce stand à bijoux. Il faut dire que oui, t’es en plein festival, tu viens écouter des groupes de musique et puis tu te dis « ohhh c’est ballot hein, j’aimerais bien m’acheter un bijou. Un dimanche. Pendant que j’écoute un groupe ». Les stands se suivent se ressemblent, les enseignes des partenaires sont mis à l’honneur et telle la fameuse madeleine de Proust (mais qu’on va surtout appeler expérience de Tulving, c’est quand même + classe, hein), je me rewind la bobine dans la caboche et me rappelle cette scène extraordinaire du film aussi génial qu’incompris, les Fous du Stade avec les prodigieux (et toujours incompris) Charlots. Cette merveilleuse scène de sponsoring. Bah là c’était un peu ça. 40 ans plus tard, toujours d’actualité !

 

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Et pendant que des filles se prennent des crêpes au Nutella tout en affirmant qu’elles peuvent en manger des tonnes sans prendre un gramme (MYTHOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOS !!!), au loin j’entends s’échapper depuis la Scène du Printemps des Régions une sorte de vague sonore. Qui m’interpelle de suite. Me happe. M’hypnotise. Me foudroie. Comme ces houles magnifiques visibles à St Malo (oui tu sais, la plus belle ville du monde), tu sens que c’est dangereux, mais ça t’attire inexorablement (et là on comprend tout de suite mieux la bêtise des lemmings). Le A, groupe bordelais, est une véritable claque. Autant mélodique que puissant, autant ravageur que délicat, le combo t’en fout plein la tronche sans que tu ne demandes rien. un vrai Argasme qui te saisit dessus dessous (comme les crêpes Gigi). 3 femmes, un batteur, des riffs monstrueux, un son ultra maitrisé, ce rock mélodico-pesant-harmonico-corrosif te fait oublier d’aller voir des têtes d’affiche. Finalement ce n’est pas plus mal. Je sais que je pourrai revoir Nach, Camelia Jordana ou encore Yael Naïm, ailleurs. Dans d’autres conditions. Pas dit que A tourne autant, et on se sent super privilégié d’avoir eu la chance de les rencontrer, par hasard (ah oui, que tu comprennes comment en 2015 je fonctionne en festival : je marche d’un point A à un point B et si je tombe sur un truc qui me plait au loin, je m’arrête. Bon OK quand tu ne paies pas, tu peux te permettre ce genre de luxe, mais disons que les hasardeuses rencontres font partie de ma vie, et que sans ce côté instinctif du petit chat perdu dans la forêt d’Alet, je ne serais pas tombé sur le A).

 

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Entre temps, (oui mais quelle journée de dingo !) j’apprends que mes koopins d’amour I am un Chien sont également présents, non loin de la scène que je couvre, et je me dis « youpi c’est trop la fête ». Oui je me dis des trucs comme ça parce qu’on est 2/3 dans le bulbe dans et on se parle souvent (et surtout, on a les mêmes goûts).

Mais avant de prendre la fessée electronicorockocanine tant méritée et voulue, place à Colours In The Street. Exemple type du groupe qu’on a réellement vu grandir au fur et à mesure des années écoulées. Et c’est le moins que l’on puisse dire, puisque lors de notre toute première rencontre, le groupe avait été disqualifié à cause de l’âge des participants, principalement mineurs !!! Et puis le groupe retenta sa chance l’année suivante (oui, on ne reste pas mineur à vie, au grand dam de JLL – toute ressemblance avec une personne existant dans la vraie vie est purement fortuite – et comme ils gagnèrent, on les a pris sous notre aile. On a partagé des moments de guedin lors d’une tournée ultra LOL (et le mot est faible) avec Naïve New Beaters (contributeurs à 75% du LOL sus cité), et ensuite on a toujours gardé un oeil sur eux, parce qu’on savait que leur jeune âge leur permettrait de progresser, malgré un niveau déjà exceptionnel. J’vais t’dire un secret, entre toi et moi : hier soir mes koopins, ils étaient plutôt en forme et on s’en est pris plein la poire. Et alors, que dire de la part du public : de voir des gamins (pas d’offense hein, je suis juste + vieux que toi !) chanter les titres par coeur. Non mais je ne kidding pas du tout hein, je l’ai vu pour de vrai, des gens qui connaissaient les titres de leur premier album Royaume par coeur. Album forcément génial puisque sorti le 9 février 2015. Soit le jour de mon anniversaire. Et comme je suis génial, par sophisme … oui oui. J’te vois arriver. Alors tu t’calmes ! :) Bref, tout ça pour dire que le concert a été incroyable. Et que le groupe ne se repose pas sur ses lauriers, comme en témoigne une réadaptation totalement inventive de leur tube Triangle (on retrouve les mêmes accords … et ça doit être à peu près tout, le reste a subi un lifting extraordinaire). En terme de compo aussi, ça a évolué. La structure « classique » du groupe (qui consistait à appliquer un schéma certes implacable mais répétitif, en l’occurrence : couplet avec un tempo ultra catchy – bouge ton popotin, puis un refrain hyper stadium grandiloquent snare divisée par 2 que tout le monde chante en choeur avec un briquet à la main a été plus que délaissé, donnant dès lors à l’ensemble du concert une touche d’inattendu permanent. En gros, sans à chercher à te convaincre de quoi que ce soit (c’est un bon groupe, t’es compris ? c’est un bon groupe t’as compris ? c’est un bon groupe, t’as compris ? c’est un bon groupe, t’as compris ? t’as compris le message subliminal là ? Hein ? HEEEEEEEEEEEINNNNN ?), Colours In The Street est devenu un bon groupe.

T’AS COMPRIS ? :)

 

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Et rien de tel que de finir sa journée avec un tabassage en règle en compagnie d’I am un Chien. Les canidés parisiens ont tout simplement rempli leur contrat : à savoir une petite déculottée en règle et en public. Pas de chichi, pas le temps de faire des trucs en tierce : la règle d’or du band se résume à « tabasse, tabasse, tabasse ». Et pour le coup, ça tabasse. Bien que 3, la meute est enragée comme jamais, les vociférations gluturales choquent les habitués du répertoire du Linda Lemay, et les déhanchements quasi flippants de David, le frontman, ne sont pas sans rappeler les postures parfois super freaky de Sadako de The Ring. En gros, le show n’est pas là pour te raconter des histoires d’amour, mais que tu aimes la violence, de gré et de force. En gros, quand t’écoutes I Am Un Chien, tous tes instincts que tu refoules dans ton petit cerveau reptilien, à l’origine de toute la violence sur cette planète, se retrouvent totalement relâchés, telle la fameuse scène de la coupure électrique dans S.O.S Fantômes. Ou encore comme la scène de Zion dans Matrix, dans la grotte (genre ouais, on mange de la gélatine blanche bizarroïde qui ressemble à du vomi d’asticot  – je sais que cette partie aurait pu être censurée par mon boss si j’avais pris une autre métaphore – mais on se frotte encore pire que ce qu’on pouvait faire en discomobile sur la Socadance … d’où la gélatine ?). Bah voilà, cette scène là, c’est I AM UN CHIEN. Plus de retenue, plus rien. Face à ton vrai toi : avide de choses malsaines et violentes. Que tu sais pourtant dangereuses pour ta santé.
Et comment tout cela s’est terminé ? Pendant que certains cherchaient à faire des portraits « d’artistes connus » (le truc de ouf quoi), je me suis retrouvé à errer dans les rues de Bourges – ma toute première fois, sans smartphone, donc sans GPS, avec comme seuls guides des gens que l’on va qualifier de … fatigués ? :) ) pour retrouver la gare afin d’y trouver mon hôtel. Je me suis bien évidemment perdu – n’est pas Rod qui veut – mais Marianne, qui travaillait de nuit dans le dit hôtel, me prépara un festin de roi à hauteur de 17,90 euro (message subliminal sur les notes de frais :p ) : du jambon à profusion, des tranches de rosette ultra grasses et surtout … surtout, un muffin, un crumble et un 4 quart. Et je peux te garantir que manger en alternant du sucré / salé top high level glucides lipides, niveau papilles … c’est … oh je n’ai pas de mots ! :)

 

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27 avril 2015 : une bien belle journée. A Bourges. Fuzeta je t’aime. Colours je te dis bravo pour ton parcours. Le A = <3. I am un Chien : merci de m’avoir redonné le goût de ce plaisir interdit d’être souillé. Quoique Marianne a mis le paquet à ce niveau. Avec ses tranches de rosette (je préfère tout de suite couper court à toute supputation !)

PS : ah oui, j’ai oublié de te parler d’un groupe, over freaky weird, un trio habillé façon Sith Palpatine feat. Fever Ray, qui tabassait à mort (et qui ne sonnait ni comme Fever Ray, ni comme Palpatine (qui est un super musicien de dark rock, mais Lucas n’a pas eu le temps de le traiter correctement). Au moment où j’écris ces lignes, je ne sais toujours pas si j’ai trouvé le groupe drôle ou absolument génial, alors je ne veux pas subir un procès d’intention en m’orientant dans une direction opposée. Quoiqu’il en soit, c’était intéressant.

PS2 : ah oui, je ne t’ai pas parlé non plus du clone de James Blake qui paraissait tout gentil premier de la classe et qui avait subitement des pulsions meurtrières sur sa guitare d’un seul coup d’un seul ? Il aurait chanté juste j’aurais écrit un truc génial sur lui. Mais voilà.

 

 

 

À propos de l'auteur :
Rod
Rod

Fondateur du site du Hiboo reconnu pour la qualité de ses sessions acoustiques filmées, Rod est non seulement l'un des photographes / vidéastes de référence dans l'hexagone, mais aussi le Martin Scorsese des sessions Société Ricard Live Music depuis 2010.

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